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Le Système De Santé Au Maroc Souffre De Plusieurs Maux. Youssef El Fakir, Professeur De Radiologie Et Past Président De La Société Marocaine De Radiologie Met En Exergue Les Fragilités Et  Comment Le Maroc Pourrait Sortir Des Sentiers Battus.

Le Système De Santé Au Maroc Souffre De Plusieurs Maux. Youssef El Fakir, Professeur De Radiologie Et Past Président De La Société Marocaine De Radiologie Met En Exergue Les Fragilités Et Comment Le Maroc Pourrait Sortir Des Sentiers Battus.

  • 5 November 2020
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Le système de santé au Maroc souffre de plusieurs maux. Youssef El Fakir, professeur de radiologie et Past Président de la Société Marocaine de Radiologie met en exergue les fragilités et  comment le Maroc pourrait sortir des sentiers battus.

La Covid-19 a mis en exergue les vulnérabilités de notre système de santé qui malgré les ressources financières injectées chaque année demeure en deçà des attentes d’un pays qui aspire à rejoindre le cercle des pays émergents. Le Colloque organisé récemment par la TGR en collaboration avec Fondafip a été une occasion pour mettre le doigt sur tous ces écueils à éviter pour se doter d’un système de santé en ligne avec les besoins de la population. Dans une excellente présentation Youssef El Fakir, professeur de radiologie et Past Président de la Société Marocaine de Radiologie a fait le diagnostic du système de la santé au Maroc tout en insistant sur la bonne gouvernance. Faute de quoi aucun budget ne pourrait suffire à améliorer l’offre de soins.

Une offre médicale insuffisante

De prime abord, Y. El Fakir rappelle que le Maroc compte 27.266 médecins, dont 53% sont installés dans le secteur libéral. Les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra concentrent plus de 56% de l’effectif des médecins privés et 39% de l’effectif des médecins publics. On note un déficit de « production de médecins » à cause de l’émigration, du départ à la retraite et retraite anticipée qui n’est pas exempt d’impact sur la santé. Dans le même ordre d’idées, le radiologue annonce que la mise sur le marché de 3.300 médecins par an est loin d’être atteinte.

Avec un ratio de 7,1 médecins pour 10 000 habitants, le Maroc est loin de répondre au standard de l’OMS fixé à 15,3 médecins pour 10 000 habitants. Il fait partie du palmarès des 57 pays du monde, identifiés par l’OMS, comme présentant une offre médicale insuffisante.

La population vieillit

Aussi, le vieillissement de la population plane sur le Maroc : en 2050, un marocain sur 5 aura plus de 60 ans. Inutile de rappeler que le vieillissement se traduit par des pathologies souvent lourdes à traiter. Le vieillissement concerne également la population médicale.

La moyenne d’âge des médecins du secteur privé est en moyenne 5 à 10 plus élevée que celle du secteur public. Tout ceci augure d’une aggravation du déficit en ressources humaines. « 8.000 médecins marocains qui exercent en France sont nés au Maroc, autrement dit des compétences médicales marocaines profitent à l’étranger ».

Le Maroc manque de ressources humaines dans un contexte marqué par une transition épidémiologique caractérisée par un transfert de la charge de morbidité et de mortalité due aux maladies infectieuses vers les maladies non transmissibles et les traumatismes. Pis encore, aux maladies dites Affections de Longue Durée (ALD) que sont les maladies cardiovasculaires, le diabète et les cancers s’ajoutent des maladies émergentes en grande partie en rapport avec les changements de nos modes de vie, telles que l’hypertension artérielle, l’obésité.

Les dépenses de la santé

Si la « bonne Santé » peut coûter cher à la société, la « mauvaise Santé » ou la perte de Santé impactent de façon directe et négative l’économie de toutes les sociétés, quels que soient leurs niveaux de développement et d’industrialisation. La Covid-19 en est la parfaite illustration.

Le rapport de la Banque Mondiale publié en juillet 2020 démontre, chiffres à l’appui, comment une crise sanitaire s’est transformée en crise économique, mettant les budgets publics, les ménages et le secteur public sous pression, avec pour conséquence la récession économique de la quasi-totalité des pays, dont les plus industrialisés.

« Nous devons considérer les dépenses de la Santé sous le prisme de l’investissement dans le bien-être du capital humain. Le retour sur investissement en matière de Santé s’évalue comme l’enseignement à moyen et à long terme. Il n’a pas la même temporalité ni les mêmes exigences en matière de productivité que les entreprises commerciales», explique le professeur.

En l’occurrence, sa gestion doit obéir aux règles de bonne gouvernance avec une meilleure optimisation des moyens et des ressources.

Les défis du système de santé national

Les défis à relever par le Maroc peuvent se résumer en trois points :

Combler le déficit en ressources humaines et veiller à l’équité de leur répartition ;

Gérer deux grands groupes de maladies : les Maladies Transmissibles (MT) et les Maladies Non Transmissibles (MNT) ;

Veiller à assurer en nombre et en qualité les offres de soins.

« Face à ces défis, l’intégration d digital, apparait comme une des solutions pertinentes que notre société devrait adopter », avise le radiologue.

Il recommande par ailleurs l’intelligence artificielle (IA) dont l’objectif est d’imiter une forme d’intelligence réelle tout en remplaçant dans certaines mises en œuvre de ses fonctions cognitives.

L’IA représente aujourd’hui une véritable source d’espoir, pour mettre en pratique les promesses d’une médecine “4P” : Prédictive, Préventive, Personnalisée et Participative.

Un système reposant sur l’IA développe seul son modèle, en apprenant de ses erreurs et s’adapte plus facilement à l’environnement qui l’entoure. Plus ce système est nourri de données (le fameux Big data) mieux il apprendra.

« L’IA n’est pas une menace à la médecine « humaine ». La prise de décision finale reviendra toujours au praticien et/ou au patient. Elle viendra par contre rationaliser cette prise de décision en minimisant les risques d’erreur», répond El Fakir à ceux qui appréhendent l’IA.

IA : le Maroc occupe les derniers rangs

Le Maroc, en particulier, s’est engagé dans cette dynamique autour de l’IA, mais se classait avant-dernier en 2019 avec à peine 57 millions de dollars investis pour 7 transactions liées à l’IA, selon un rapport réalisé par Microsoft et EY Consulting LLC. Ce rapport, consacré à “l’intelligence artificielle au Moyen-Orient et en Afrique: perspectives 2019 et au-delà”, classe le Maroc juste devant le Qatar (52 M$ pour 8 transactions) mais très loin derrière la Turquie (3.459 M$ et 252 deals), l’Égypte (241 M$-100) et le Koweït (177 M$-5).

Les principales recommandations

Réforme des structures et des mentalités ;
Refonte de notre méthodologie d’enseignement et de nos unités de recherche ;
Motivation du personnel médical et paramédical ;
Mise en place d’une politique de santé régionale ;
Abolition des frontières entre les secteurs de soins au profit de PPP ;
Intégration et une généralisation du digital;
Actualisation de la TNR et une généralisation de la couverture médicale ;
Gestion privée de la chose publique…

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